CONDITIONS DU MARIAGE

Les coutumes lao exigent la demande préalable, la remise obligatoire du Kha Khun Phi, tribut payé aux génies tutélaires, et celle facultative du Kha Dong, sorte de dot qui, au contraire de ce qui se fait en Occident, est payé par l’époux à l’épouse ou à ses parents.

Le Kha khun Phi est fixé par le Code – qui, en l’occurrence a sanctionné la coutume – suivant un tarif progressif, allant de 10 piastres pour une fille du peuple à 150 piastres pour une fille de hauts dignitaires, en passant par tous les échelons de la hiérarchie sociale.

Le Kha Dong, juridiquement facultatif, est pratiquement aussi obligatoire ; comme le montant n’en est pas fixé, il offre l’occasion à la vanité humaine de se donner libre cours… c’est ainsi qu’on a vu des Kha Dong de trente piastres – ce qui est le minimum – et d’autre en atteindre des milliers, qui viennent s’ajouter à plusieurs Bat d’or (poids d’or valant 15 grammes)…

Mais, quels qu’ils soient, ces tarif sont toujours acceptés quand l’accord est établi ; fastueux, ils ne servent qu’à éblouir le monde.

Depuis plusieurs mois la mère du phoubao, accompagné d’une ou de deux vieilles parentes, ou seulement ces dernières, sont fréquemment venues bavarder chez la mère de la phousao ; au hasard de la conversation sur le beau temps et la pluie, les mérites des bonzes, la valeur de la récolte et les qualités de la jeune fille, elle ont demandé si cette dernière n’était pas en âge de se marier. A cette question qui n’a trompé personne, la mère a pu répondre en toute liberté, et apparemment sans froisser personne, que sa fille n’était trop jeune et devait attendre encore quelque temps avant de se marier ; ou, au contraire, qu’aucun garçon du pays ne l’aimait et qu’elle ne trouverait, certes pas…preneur.

Cette dernière réponse a été comprise ; c’est l’acquiescement et, en parlant des phoubao du village, le nom du jeune homme a été plus d’une fois avantageusement glissé. Puis l’on s’est séparé avec force congratulations : quelques verres d’alcool ont même peut-être été bus en chiquant…

Des émissaires diligents, mais non tout à fait discrets, ont ensuite été envoyés de part et d’autre pour régler les questions matérielles; enfin, le jour de la demande officielle est arrivé : plateaux de fleurs, cierges, chiques de bétel et cigarettes… Et l’on convient du jour de la cérémonie.

Lancée comme graine au vent de la nouvelle, en moins de rien, a fait le tour du village ; les parents apportent leurs félicitations, et phoubao et phousao de taquiner les uns la jeune fille, les autres le jeune homme, l’un et l’autre discrets, comme résignés à l’inévitable devant la décision des parents. Jus’au jour de leur mariage, les deux fiancés n’échangeront pas un mot.

Des esprits “modernes” pourront içi s’étonner de ce qu’on ait point demandé l’avis des intéressés. Si le Code lao exige le consentement des conjoints, dans de nombreuses familles – et non des moindres – on n’en fait aucun cas. Il n’est pas nécessaire que les futurs époux se connaissent, et a fortiori, qu’ils s’aiment. L’idée qui prévaut encore dans notre beau pays, c’est que l’homme et la femme sont comme sable et eau, lesquels ne peuvent pas ne pas s’accommoder l’un l’autre… On dit encore que c’est comme la cire sur le feu, l’huile sur le tapis…

Qu’on ne se hâte pas, cependant, de crier à la tyrannie ! Le Laos, n’est pas grand, le village non plus : les boun et les ngan n’ont pas manqué, qui ont mis en présence l’un de l’autre des deux jeunes gens, et plus d’une joie sans doute, ils ont ensemble cueilli des fleurs pour la pagode ou joué au Mark poun ya aux veillées funèbres…

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