Boun Bang Fay : fête des fusées ບຸນບັ້ງໄຟ

La fête des fusées est la fête profane de la fécondité et de l’appel à la pluie qui rend hommage à Phagna Thèn (dieu du ciel), mais aussi une fête bouddhiste du Visakha Bouça.

Beaucoup de familles estiment que cette fête est surtout l’occasion de se présenter aux bonzes et de recevoir leur bénédiction, et à travers eux, recevoir la protection de Bouddha, des ancêtres et des forces supérieures.

Le Boun Bang Fay a lieu chaque année et annonce l’arrivée prochaine de la saison des pluies. Durant cette fête qui dure deux jours, le lao cherche à obtenir la bénédiction du ciel afin d’obtenir la fécondité des rizières et l’abondance des moissons.

Comme toutes les fêtes, les lao se rassemblent dans les temples pour prier et faire des offrandes. Mais les principales festivités se déroulent dans les rues de la ville. Car elle est l’occasion d’un véritable défoulement populaire et donne lieu à des concours de fusées artisanales dans les villages et villes.

“la fête du Boun Bang Fay peut être considérée comme une bouddhisation d’un rite de fécondité […] Celui-ci, malgré sa symbolique et l’explosion de chants et danses vantant la vie et l’érotisme, est cependant ressenti par tout Lao, comme une fête bouddhique commémorant le triple anniversaire de la naissance, l’illumination et de la mort du Bouddha” (Condominas, 1980)

Les festivités débutent par la ronde des fusées : dès le matin de joyeux cortège de “phoubao” des jeunes hommes masqués, méconnaissables sous leurs déguisements, paradent dans la ville en dansant et en chantant joyeusement des chansons complétement loufoques promenant triomphalement des marionnettes et des pantins articulés dans le même thème voir avec des postures suggestives. Tous ceux qui veulent soutenir le créateur de telle ou telle fusée se joignent spontanément au cortège. Chaque maison est envahie par une mascarade hurlante que le propriétaire se met en devoir de désaltérer abondamment. Et la bouteille d’alcool circule de bouche en bouche, sous les quolibets obscènes ou railleurs de la foule, maintenue en haleine par les mimiques délirantes de danseurs grotesques au son des gongs et des tambours sourdement répété.

C’est celui qui a su mettre le plus d’ambiance en honorant la plus belle fusée qui remporte le 1er concours du jour mais tous reçoivent habituellement un trophée et une bouteille d’alcool.

Puis vient enfin le moment de lancer les fusées. Tous les cortèges convergent vers le Mékong au bord duquel se dresse un chevalet de bambous : l’allégresse atteint son comble. Sous l’œil expérimenté des bonzes, artificiers en l’occurrence, les jeunes gens déchaînés s’affairent autour des fusées qui s’élèvent dans un nuage de poudre, déchaînant les cris enthousiastes de la foule. La fusée projetée le plus haut, le plus loin, apportera le prestige à ceux qui l’on construite en recevant le 1er prix. Ces lancement ont pour but d’appeler la pluie, elles montent droit au ciel pour féconder les nuages. De cette union, naîtra la pluie qui fertilisera les rivières et les champs.

Parfois la fusée, trop humide, se refuse à partir, au grand désespoir de son propriétaire, accablé de sarcasmes par ses concurrents et est très souvent jeté dans l’eau d’une rizière proche. La nuit vient enfin et la fête se clôture par le tir de la dernière fusée et l’échange du verre d’alcool se poursuit lors d’un bal organisé en soirée rassemblant toute la foule joyeuse dont les réjouissances ne cesseront qu’au petit jour.

Elle dure deux jours ou plutôt deux après-midis. Le premier après-midi, le Chao Cham Phi Ban (maître du culte du génie du village) va demander au sanctuaire du Génie (Ho Phi), lui faire une offrande accompagnée d’une prière et lui présenter les fusées du village dont il a posé les têtes sur le rebord du Ho Phi. Cette fête donne lieu aux réjouissances populaires car pendant deux jours des bandes de festivaliers sous divers déguisements rocambolesques, accompagnés de leurs rudimentaires orchestres parcourent la capitale en quête de boisson alcoolisée, en chantant, en dansant et en débitant à l’adresse des badauds des couplets satiriques, humoristique, voire obscènes. Parallèlement se déroulent les événements plus sérieux par l’accomplissement de rites profanes. En effet, il revient aux ‘Nang Thiam” (médium) parées de leurs beaux atours : turban, écharpe, ceinture et tunique de soie, évoluent ensemble ou individuellement devant le châssis des fusées sur offrandes traditionnelles, un bouteilles d’alcool de riz. Tout en dansant ces dames-médiums lampent des gorgées d’alcool au goulot des bouteilles que leur présentent les fidèles clientes. A la fin de l’après midi a lieu la circumbulation des fusées autour de la Sala du Vat. En tête de la procession danse une Nang thiam armée d’une paire de sabres, suivie par l’orchestre, le Chao Cham et les autres Nang thiam, dansant elles aussi. Le deuxième après midi de la fête consiste en l’allumage des fusées pointées en direction de Khone Khiao (au large du banc de sable en face de Vientiane). Celle qui franchit la plus longue distance remporte donc un prix. La fête se clôture par le tir de la dernière fusée et toute la foule joyeuse se disperse le soir venu”.

(Chou Norindr, 1994)

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